En partant, il nous restait quelques papiers à trier que nous n’avons pas eu le temps de scanner avant le départ. Je continue donc mon tri aujourd’hui et, parmi les documents, j’ai retrouvé une lettre que j’avais écrite à Christine avant notre mariage en 2009…

Les rideaux sont soulevés par la brise matinale. Ils suivent envieux le vent mais sont vite prisonniers de ces maudits anneaux qui les maintiennent à leur barreau. Eux aussi voudraient tant, ne serait-ce qu’une seconde, venir frôler ta peau et la faire frissonner.

C’est ce que j’imagine depuis quelques minutes, tranquillement allongé à côté de toi.

J’observe la flanelle qui suit le gré du vent. Je vois briller ta peau dans la lumière du matin. Je suis tes cheveux blonds qui dansent dans un rayon de soleil. Je surveille tes paupières qui s’animent, s’approchent de l’éveil. Et voilà qu’elles découvrent ce magnifique bleu. Le profond de tes yeux qui suffit à lui seul à embraser le jour qui pointe à la fenêtre.

Tu t’étonnes de mon sourire un peu niais, tu penses que je me moque. Tu crois être moins belle, la chevelure en bataille et le visage nu d’un quelconque artifice.

Tu es belle. En ce mois de juillet, cela fera vingt-et-un ans  que nos vies ne sont qu’une.

Vingt-et-un ans, et mon plus gros regret est de ne pas avoir goûté d’avantage à chacun des instants que l’on a partagés. Les mois semblent s’enfuir, les années qui les suivent, et nous, nous courrons loin derrière.

Le travail. Les soucis. L’argent. La santé. Les obligations.

On fait passer ces mots bien avant la vie même. Car ce n’est pas ça, la vie. Du moins, ça n’en est pas la substance.

Tout ça n’est qu’artificiel. Des composants obligatoires mais qui ont peu de goût, ou bien même goût amer. Ils sont de l’eau sans parfum. La substance de la vie, c’est ce qui en donne la saveur. C’est ce qui fait battre nos cœurs. C’est ce qui reste quand le reste est souvenirs. C’est cette sensation que je ne sais décrire.

Et aussi loin que je me remémore, ce nectar proche du divin n’est jamais né que de toi.

Nos baisers. Nos étreintes. Nos audaces. Nos gênes. Tes lettres. Nos départs. Nos retours. Nos risques. Tes larmes. Tes rires.

Je crois ne m’être senti vivant que si l’instant nous était commun. Et mon cœur n’a trouvé une vraie raison de battre que lorsqu’une machine a amplifié le son de ce tout petit autre cœur qui était né en toi. Depuis, l’harmonie de nous trois est ma raison d’être.

Je ne te le dis peut-être plus assez, ou plus assez bien. Pourtant, c’est à ton souffle que tous les miens sont nés, et mon âme s’essoufle quand je dois m’éloigner.

Vingt-et-un ans, un magnifique enfant, un partage quotidien… On pourrait bien se dire qu’on n’a plus rien à prouver. Pourtant, il y manquait ce que je critiquais. Ce “ça ne sert à rien” que j’ai tant rabâché.

Enfin, je me sentirai complet, empli de ce bonheur simple, en cette journée d’août où nous nous dirons oui, où nous crierons au Monde : “on s’aime pour la vie”.

Je t’aime ma petite étoile.