Depuis la rentrée 2022, l’instruction en famille n’est plus un simple choix à déclarer. Elle est soumise à autorisation dans un cadre bien plus restrictif qu’avant, à cause de la loi du 24 aout 2021. Et ce n’est pas un petit ajustement administratif : c’est un basculement complet. Pour rappel, si l’instruction en France est obligatoire pour un enfant, dès 3 ans depuis 2019, ce n’était pas le cas de l’école.
Des milliers de familles pratiquant l’IEF (en anglais, homeschooling) se retrouvent prises au dépourvu. Cette liberté qu’elles pensaient acquise doit se négocier à présent.
Pourtant, beaucoup de parents ignorent encore qu’il existe aussi une autre voie : devenir nomade à l’étranger, pour un temps ou plus durablement, afin de sortir du cadre scolaire français. Ce qui permet de retrouver une liberté éducative devenue presque inaccessible sur le territoire. (source education.gouv.fr)
Sommaire
Interdiction de l’IEF : des familles dans une impasse
Tu sais ce qui me révolte le plus avec l’interdiction de l’IEF en France ? Ce n’est pas seulement la loi en elle-même. C’est ce qu’elle dit, en creux, de notre société : qu’on ne te fait plus confiance pour éduquer ton propre enfant ! Qu’on préfère décider pour toi ce qui est bon pour lui. Qu’on t’écarte du processus éducatif au nom d’un soi-disant intérêt supérieur.
Aujourd’hui, notre fils Logan est adulte. Je ne suis donc plus directement concernée par l’instruction en famille, mais ce sujet me touche encore profondément.
Parce que Logan, lui, a été instruit en famille. Nous avons connu cette liberté. J’ai vu ce que cela peut apporter à un enfant. Et je sais que des milliers de familles vivent aujourd’hui quelque chose de très violent : la disparition d’un droit qu’elles pensaient dû.
Le plus dur, ce n’est pas seulement le changement de loi, mais plutôt ce que cela produit derrière. Cette peur sourde, ce sentiment pour une famille d’être surveillée, contrôlée, jugée.
Être obligé de remplir chaque année un dossier en espérant que l’administration t’accorde le droit de faire ce que tu crois juste pour ton enfant.
Ce que dit la loi sur l’instruction en famille
L’instruction en famille n’est pas une lubie moderne sortie de nulle part. Elle fait partie de l’histoire même de l’instruction obligatoire en France. La loi du 28 mars 1882 qui fut abrogée en juin 2000 (source) prévoyait déjà que l’instruction pouvait être donnée dans les établissements scolaires, mais aussi dans les familles, par le père de famille lui-même ou par toute personne qu’il aurait choisie.
Mais cette liberté a été encadrée de plus en plus étroitement. À la fin des années 1990, les travaux parlementaires ont renforcé le contrôle annuel des enfants instruits en famille. Puis le cadre s’est encore resserré en 2019. Enfin, la vraie rupture est venue avec la loi du 24 aout 2021, appliquée pour l’IEF à partir de la rentrée 2022. C’est cette réforme qui a remplacé la déclaration par l’autorisation. Une annonce choquante pour de nombreuses familles françaises.
Ce qui a changé depuis la rentrée 2022
Cette autorisation d’IEF n’est possible que dans quatre cas :
- L’état de santé ou le handicap de l’enfant,
- La pratique intensive d’activités sportives ou artistiques,
- L’itinérance de la famille en France ou l’éloignement géographique d’un établissement scolaire public,
- Et enfin, l’existence d’une situation propre à l’enfant motivant le projet éducatif.
Et derrière cette liste, il y a une réalité brutale pour beaucoup de familles. Même quand elles ont réfléchi sérieusement à leur projet, même quand elles veulent simplement lui offrir un cadre plus adapté, elles peuvent se heurter à un refus incompréhensible et vécu comme une gifle.
Alors que faire si on veut continuer d’instruire son enfant ?
Une autre voie existe : devenir nomade en famille
Cette voie, c’est la vie nomade à l’étranger et plus exactement le fait de vivre réellement hors de France.
Parce que lorsqu’une famille vit à l’étranger, elle ne relève plus du même cadre que celle qui réside en France. Cela signifie qu’une itinérance à l’étranger fait entrer la famille dans un autre cadre, avec cette précision essentielle : il faut alors respecter les règles du pays d’accueil en cas d’une expatriation.
Autrement dit, pour des familles qui veulent faire l’IEF, mais qui n’y parviennent plus en France, la vie nomade n’est pas seulement un choix de voyage ou un rêve de liberté. Elle peut devenir une solution réelle. Ce n’est pas une solution magique et ce n’est pas fait pour tout le monde, mais c’est une vraie possibilité si tu travailles en ligne, que tu as une activité réalisable à distance.
C’est ce que j’ai envie de montrer dans cet article. Pas dans le but de vendre du rêve avec le nomadisme ni pour faire croire que tout est simple. Mais pour dire clairement qu’entre renoncer à l’IEF et subir le cadre français actuel, il existe aussi un autre chemin : quitter — même momentanément — son pays, devenir nomade, voire s’expatrier. Ce sont des décisions lourdes à prendre, mais parfois nécessaires. Nous avons fait ce choix en famille il y a 13 ans et nous ne le regrettons absolument pas.
Devenir nomade sans tout plaquer en France
Quand on parle de départ à l’étranger ou de vie nomade, beaucoup imaginent tout de suite quelque chose d’extrême, d’instable ou de réservé à quelques profils très particuliers.
Tu peux rester résident français, et vivre comme une famille nomade.
Tu peux déclarer à l’Éducation nationale que tu pars en voyage à l’étranger, pour une durée indéterminée.
Dans ce cas, tu n’as pas besoin de demander d’autorisation d’IEF.
Tu es considéré comme « hors cadre scolaire français ».
Et tant que tu n’es pas inscrit dans une école à l’étranger, tu restes libre d’instruire ton enfant comme tu l’entends.
La clé : un changement réel de situation.
Ce n’est pas juste une solution pour combiner voyages et liberté éducative ; je ne parle pas d’une famille qui partirait au soleil pour faire des additions entre deux cocotiers, histoire de se donner bonne conscience.
Je parle d’un vrai choix de vie qui peut permettre à certaines familles de continuer à instruire leur enfant comme elles le souhaitent quand la France ne leur laisse plus cette possibilité.
Et cela change tout.
Parce que beaucoup de parents pensent qu’un refus d’IEF en France signifie la fin de toute alternative. Or, ce n’est pas forcément vrai. Pour certaines familles, cela peut devenir le point de départ d’une autre réflexion. Non plus seulement : « Comment obtenir l’autorisation ? » Mais plutôt : « Comment vivre autrement pour retrouver cette liberté ? »
Vivre à l’étranger pour retrouver la liberté d’instruction
Le vrai problème, pour beaucoup de familles, ce n’est ni un manque de réflexion ni un manque d’engagement. Elles savent pourquoi elles font ce choix d’IEF et elles s’y investissent pleinement. Pour beaucoup d’entre elles, l’éducation à domicile n’est pas juste une modalité scolaire. C’est une manière de voir l’enfance autrement. Une solution pour respecter le rythme d’un enfant et de vivre plus en cohérence avec ses valeurs.
Mais aujourd’hui, la loi française ne leur laisse aucun espace pour le vivre.
À partir du moment où le verrou se situe dans le régime d’autorisation imposé aux familles vivant en France, changer de pays peut changer la situation à sa racine.
Quand on vit sous la menace d’un refus, le quotidien de la famille s’alourdit. On vit sous tension. Pire, de plus en plus chaque année, cette possibilité est totalement fermée pour certaines familles. Alors, quelques-unes choisissent de ne pas renoncer à leurs convictions. Elles repensent leur vie entière. Eh oui, cela peut passer par le nomadisme, le semi-nomadisme ou une installation plus stable à l’étranger.
Quitter la France et devenir une famille nomade apparait alors comme une évidence. Non pas parce qu’elle supprime toute difficulté, mais parce qu’elle permet de sortir de ce rapport de dépendance permanent à l’administration française.
Vivre en communauté IEF
Quand tu séjournes à l’étranger, tu peux choisir une éducation hors du cadre de la famille.
Il existe très peu de communautés officielles mais en intégrant des groupes privés sur Facebook ou WhatsApp, tu entres en contact avec d’autres familles ayant les mêmes attentes que toi.
Pour une solution temporaire de quelques semaines, il existe des Co living payants où des familles IEF vivent ensemble, organisent des activités, des temps d’apprentissage partagés en pleine nature. Il ne s’agit pas d’une base stable où tu peux t’installer sur du long terme mais pour un mois, c’est une bonne option.
La plateforme worldschooly.com liste ces lieux en Europe, Afrique, Asie, Amérique du Nord, Amérique du Sud, Océanie. C’est un annuaire mondial de « hubs » avec un filtre par pays et un accès direct aux programmes en cours.
Cela permet de rejoindre pour de courtes sessions de 2 ou 3 semaines voire un mois des petits groupes d’enfants en worldschooling.

Les différents modes d’instruction à la maison quand on est nomade
L’apprentissage libre
Quand tu vis autrement, rien ne t’oblige à reproduire l’école à l’identique dans un autre décor.
Certaines familles choisissent un apprentissage très libre. L’enfant apprend à partir de ce qu’il vit, de ce qu’il observe, de ce qu’il expérimente, des lieux qu’il découvre, des personnes qu’il rencontre, des questions qu’il pose. Le monde devient alors un terrain d’apprentissage.
Une visite de temple, un marché local, un trajet en train, une randonnée, une discussion avec une autre famille, une nouvelle langue entendue dans la rue, tout cela peut devenir matière à apprendre.
Et franchement, quand on a pratiqué l’IEF, on sait à quel point ça peut être riche.
L’instruction structurée avec supports pédagogiques
D’autres familles ont besoin d’un cadre plus posé. Et c’est très bien aussi.
Elles utilisent des cahiers, des manuels, des supports, des routines. Elles gardent des temps réguliers pour le français, les mathématiques, les langues, la culture générale. Elles construisent une organisation souple adaptée aux besoins de l’enfant, mais stable.
Ce modèle convient souvent aux enfants qui ont besoin de repères clairs et aux parents qui aiment voir un fil conducteur.
Les cours à distance et les outils en ligne
Certaines familles s’appuient aussi sur des cours à distance, des plateformes éducatives, des professeurs en ligne ou des ressources numériques.
Ça permet de ne pas tout porter seule, c’est rassurant. Ça donne aussi un cadre complémentaire. Nous avions fait ce choix pour Logan, de la classe de CE2 à sa première année au lycée. Je pouvais l’accompagner dans certains apprentissages tout en gérant mon travail en ligne.
Je souligne que c’est d’ailleurs dingue que même une inscription à un dispositif d’enseignement à distance contrôlé et suivi ne dispense pas d’obtenir l’autorisation d’IEF lorsque l’enfant réside sur le territoire français ! Ceci avec des excuses bidon de sécurité nationale, alors que ce qu’ils veulent, c’est surtout des têtes blondes toutes formées dans le même moule.
Les modèles hybrides
Beaucoup de familles ne choisissent pas une seule méthode. Elles mélangent. Un peu de liberté. Un peu de structure. Des temps très vivants. Des temps plus scolaires. Des périodes plus nomades, d’autres plus sédentaires.
Et au fond, il n’y a pas qu’une seule et bonne façon d’instruire son enfant. Ce qui compte, c’est une instruction vivante, ajustée et surtout cohérente avec la réalité de la famille.

Les vrais défis de l’IEF en itinérance en famille
Cette vie-là peut être magnifique, mais il ne faut pas croire que tout est simple. Quand on voyage, il y a de nombreuses choses à prendre en compte.
Porter la charge mentale
Quand on est parent et qu’on choisit cette voie, on ne gère pas seulement l’instruction. On gère souvent aussi le quotidien, le travail, l’organisation, la logistique, les questions administratives liées à l’installation à l’étranger, l’assurance santé, la fiscalité. Et certains jours, tout cela fait beaucoup.
Respecter le rythme réel de l’enfant
Tous les enfants ne vivent pas le mouvement de la même manière. Certains s’épanouissent dans la nouveauté. D’autres vont avoir besoin de beaucoup plus de stabilité, de repères, de temps, de liens plus durables.
Préserver la socialisation
On entend souvent cet argument d’une manière caricaturale. Comme si l’école était la seule manière d’avoir une vie sociale.
Mais il ne faut pas tomber non plus dans l’excès inverse. Oui, la vie nomade peut offrir des rencontres extraordinaires, elle peut ouvrir sur des cultures, des langues, des communautés, des amitiés improbables. Mais tout cela ne se crée pas automatiquement.
Il faut chercher de nouvelles connexions, rejoindre des familles, rester parfois plus longtemps dans certains lieux. Et c’est l’une des raisons pour lesquelles certaines familles choisissent des bases plus stables, ou du semi-nomadisme plutôt qu’un mouvement permanent.
Composer avec les lois du pays d’accueil
C’est sans doute le point le plus important à rappeler. Quitter la France ne veut pas dire vivre hors de toute règle. Certains pays autorisent largement l’instruction à domicile, d’autres l’encadrent davantage, d’autres encore la rendent plus difficile ou imposent d’autres formes de scolarisation.
La faisabilité concrète du projet dépend donc du pays choisi, du statut de résidence, du type de séjour et souvent de la durée d’installation.
Autrement dit, la vie nomade peut rouvrir une possibilité, mais elle demande de faire ses devoirs avant de faire ses valises.

Ce qu’il faut savoir avant de choisir la vie nomade
Partir, quitter la France pour préserver sa liberté éducative n’est pas un petit hack administratif. C’est un choix de vie qui demande de l’organisation, une capacité d’adaptation, une reconversion dans une activité sur le Web et souvent un vrai repositionnement familial.
Mais pour certaines familles, ce choix peut être plus simple que de revivre chaque année l’angoisse d’un refus d’IEF en France.
Il n’existe pas un seul modèle de nomadisme
Certains partent pour un voyage à plein temps. D’autres vont préférer vivre entre deux pays. D’autres encore s’installent plusieurs mois dans un même endroit avant de bouger. Le semi-nomadisme peut d’ailleurs être une option plus douce que le nomadisme permanent, surtout avec des enfants qui ont besoin de davantage de stabilité.
Il y a quelques années, nous avions rencontré Gaëlle, membre de nos formations, de passage au Portugal avec sa petite famille. Elle exerçait comme rédactrice web et son mari était travailleur saisonnier. Ils avaient opté pour un semi-nomadisme, comme elle l’explique dans son témoignage ici :Devenir Semi-Nomade et travailler à son rythme avec la Rédaction Web
L’important, ce n’est pas de coller à un modèle parfait. Mais surtout de trouver la forme de vie qui te permet de rester en cohérence avec tes convictions et les besoins de l’enfant.
Un changement de mode de vie qui se prépare
Si tu es concerné(e), la vraie question pour toi n’est pas seulement de savoir si devenir une famille nomade et vivre ailleurs te permettrait de continuer l’IEF. Tu dois définir si ce mode de vie te correspond dans son ensemble. Tu dois y trouver ton équilibre et ton bonheur, car, comme je l’ai écrit plus haut, cette vie d’itinérance n’est pas faite pour tous les profils.
Est-ce que tes finances permettent cette vie itinérante ? As-tu un travail réalisable à distance ? Ou faudra-t-il te créer une activité en ligne, comme le font une grande partie des familles nomades ? Est-ce que ton équilibre familial peut tenir ?
Ce sont des questions indispensables si tu veux réussir ce changement de mode de vie en famille. J’ai écrit plusieurs articles qui aborde la partie logistique, administrative et financière lorsque l’on souhaite vivre autrement en famille que tu peux retrouver dans cette section du blog : Devenir Nomade digital
Pour conclure
Pour certaines familles, la vie nomade ou une installation à l’étranger peut devenir une solution réelle. Non pas une solution facile et faite pour tout le monde. Mais une solution légale, sérieuse et parfois profondément cohérente avec ses convictions.
Parce qu’en changeant de cadre de vie, on peut aussi sortir du verrou français qui empêche aujourd’hui tant de parents de faire l’IEF comme ils le souhaiteraient. Et parfois, il faut avoir l’honnêteté de regarder les choses en face : quand une porte se ferme dans un pays, il existe ailleurs un chemin plus respectueux de tes valeurs, de ton enfant et de la vie que tu veux construire.
Alors non, la solution n’est pas toujours de taper plus fort contre un mur. Parfois, cela peut être d’arrêter de vivre à l’intérieur de ce mur.
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