Digital nomad en bateau, c’est le choix de vie qu’a fait Aurore en 2019. Elle nous partage la naissance de ce projet de vie en famille, sa mise en place, les concessions faites et tout ce que cela lui apporte sur le plan personnel et professionnel. Une vie hors norme qui je l’espère t’inspirera et te motivera, si toi aussi, tu veux devenir digital nomad en bateau.

Et si tu ne sais pas en quoi consiste le mode de vie d’un digital nomad, je t’invite à lire le guide complet pour devenir digital nomad.

Sommaire

Bonjour Aurore, je te remercie d’avoir accepté de partager ton quotidien de digital nomad en bateau avec nous. Peux-tu te présenter à nos lecteurs ? Qui es-tu ? Quel âge as-tu ? D’où viens-tu ? Quel est ton parcours professionnel ?

Je m’appelle Aurore et je suis coach sportive en bateau pour les nomades qui veulent garder la forme en voyage. Je suis coach sportive diplômée depuis 2017, à l’issue d’une reconversion après plus de 20 ans de salariat dans l’industrie pharmaceutique.

J’ai commencé par travailler en salle de sport en tant que prof de fitness et personal trainer. En parallèle mon mari et moi avons acheté un catamaran et nous l’avons préparé pendant 5 ans pour partir naviguer autour du monde avec nos 2 enfants. J’ai lancé mon activité de coach sportif en ligne en mars 2020, alors que nous étions confinés sur notre bateau à Pornichet (en Loire-Atlantique).

Au début je donnais des cours en ligne, puis très vite j’ai lancé un programme de coaching spécifique pour les nomades et les digital nomads.

En quoi consiste ton quotidien de nomade digitale ? Quelle est ton activité professionnelle ? Où es-tu actuellement ?

Je suis actuellement en Afrique depuis 4 mois, et plus précisément en Gambie, un petit état anglophone enclavé dans le Sénégal.

Mon quotidien se partage entre création de contenu, coaching, préparation de projets, entrainements sportifs, découverte des lieux où je suis, aide aux cours en ligne de mon fils de 14 ans et, bien sûr, toute la logistique inhérente à une vie « normale » même si mon mode de vie est atypique (ravitaillement, préparation des repas, lessives, ménage, etc.).

Ah oui j’oubliais : il y a aussi assez régulièrement des apéros sur les bateaux-copains au cours desquels on refait le monde !

Comment l’idée t’est venue de te lancer dans cette activité de coach sportif ?

J’ai toujours pratiqué beaucoup de sports différents, et ce depuis mes 4 ans. Je donnais naturellement et spontanément des conseils sportifs et alimentaires (j’ai une formation de base en agro-alimentaire et biotechnologies).

Dans mon ancien job salarié, bien que je travaillais en production pharmaceutique, j’ai eu l’occasion d’être formatrice sécurité pour l’ensemble du personnel. C’est une expérience qui m’a énormément plu. Suite à celle-ci, j’ai eu de nombreux retours positifs, certains me disaient même que je devrais en faire mon métier !

Ni une, ni deux, ayant fait le tour de mon métier et n’en pouvant plus des contraintes inhérentes à la production pharmaceutique, j’ai décidé de demander un congé de formation et m’inscrire au Creps pour la formation de coach sportif.

Quel a été l’élément déclencheur, le déclic, dans la prise de décision de vivre en bateau avec ta famille ?

Ça a toujours été le rêve de gosse de mon mari. Quand on s’est connus et qu’on a envisagé de faire un petit bout de chemin ensemble, il m’a dit : « sache que si on se marie, un jour on plaquera tout pour faire le tour du monde en voilier. Si tu n’es pas partante ce n’est pas la peine qu’on se marie » ! …. J’ai dit oui, sachant que j’aurai le temps de me faire à cette idée !

Le temps a passé, nous avons eu des enfants, une maison, une vie bien établie ; quand j’ai eu 40 ans, les enfants grandissant (on voulait absolument partir à l’aventure avec eux) j’ai donné le « Go » à mon mari : 2 jours après il avait trouvé le bateau !

Combien de temps s’est écoulé entre cette prise de décision et le départ effectif ? Quelle a été ta logistique pour mettre en place ton départ en bateau ?

Nous avons pris la décision en 2014, acheté le bateau en 2015 (il a fallu un an pour arriver à l’acquérir) et nous sommes partis fin 2019, après 4 ans de travaux, dont 1 an à plein temps.

La logistique a été assez compliquée : le bateau était sur un chantier à Caen en Normandie, et nous habitions en Alsace, au Sud de Strasbourg.

Mon mari travaillait à l’époque en équipe, et il faisait l’aller-retour plusieurs fois par mois lors de ses jours de repos (1400 km aller-retour) .

Les enfants et moi le rejoignions pendant les petites et grandes vacances scolaires. Quand notre maison alsacienne a été vendue, nous avons déménagé en appartement dans la ville voisine, le temps que les garçons terminent leur année scolaire, puis nous avons déménagé en Normandie à Ouistreham jusqu’à ce que le bateau soit terminé. Nous avons eu la chance de nous faire prêter une maison par la famille d’une amie. Nous avons emménagé complètement sur le bateau en juillet 2019. Chaque déménagement était l’occasion de faire le tri dans nos affaires et nos meubles pour que tout rentre dans le bateau !

Tu ne voyages pas seule, mais en famille, comment fais-tu pour la scolarité de tes enfants ? Comment cela se passe-t-il concrètement pour eux ?

Quand nous sommes partis, nos garçons étaient déjà des adolescents (12 ans et 15 ans). Ils ont tous les deux passé leur première année à étudier à bord (et en ligne) avec le CNED.

Au bout d’un an notre fils ainé a voulu poursuivre sa scolarité (et sa vie) à terre, il est donc en internat en Alsace et partage ses week-ends entre la famille et les amis (il est actuellement en terminale et prépare son bac).

Nous avons voulu que le plus jeune reste à bord, car nous le trouvions trop jeune pour vivre loin de nous. Étant plus jeune,nous pensions aussi qu’il serait plus réceptif au voyage et au changement de mode de vie. Il a continué le CNED en autonomie jusqu’à cette année, où il besoin d’un peu plus de soutien et de suivi de notre part (il est en 3e).

Tes enfants ont donc rencontré des difficultés à se faire à cette vie ?

Le plus âgé a été réticent dès le départ, mais nous voulions qu’il expérimente au moins un an de la vie sur l’eau, ensuite c’était à lui de décider pour la suite.

Malheureusement il n’a connu quasiment que la navigation en hiver et le confinement ! Pas très exotique et pas génial pour les relations sociales… Aujourd’hui, après deux ans à terre, il est ravi de nous rendre visite à bord pour les vacances, mais il est très heureux dans sa vie à terre.

Quant au plus jeune, ça a été difficile pour lui après le départ de son frère : il s’est retrouvé tout seul (avec ses parents !). Et,pendant l’année suivante, nous n’avons pas beaucoup rencontré de bateaux avec des jeunes à bord (ou alors des très jeunes). Ce n’est que depuis que nous sommes arrivés au Cap Vert, il y a environ 6 mois, qu’il s’est vraiment épanoui en prenant part aux excursions, en s’amusant dans l’eau, en discutant avec les locaux et en prenant part petit à petit aux navigations.

Nous avons rencontré, au Cap Vert, beaucoup de bateaux avec des ados et ils ont pu faire leur vie à terre aux escales. Néanmoins ce mode de vie reste un peu difficile pour lui, par manque d’autonomie et d’indépendance

L’une des peurs majeures du digital nomad, c’est de manquer de Wifi.  Comment fais-tu pour avoir accès à internet en toutes circonstances ?

 

Haha ! malheureusement, en bateau, le « en toutes circonstances » n’existe pas ! Enfin du moins pas dans notre conception du voyage. Nous aimons voyager en dehors des sentiers battus, nous n’allons quasiment jamais dans les marinas et nous préférons les endroits déserts en pleine nature plutôt que les mouillages bondés. Il y a donc un juste milieu à trouver entre le côté sauvage et paumé et mon besoin de connexion pour mon activité.

Comment organises-tu ton temps de boulot en tant qu’entrepreneure ? Suis-tu un planning ?

A vrai dire, mon planning journalier et mon organisation changent assez souvent. D’abord parce que je n’ai pas encore trouvé mon organisation idéale ! Et puis, aussi, car je dois sans cesse m’adapter au voyage : outre la présence ou non de wifi, quand tu vis en bateau il faut tenir compte du climat, mais surtout de la météo et de l’état de la mer. Il m’est arrivé d’avoir le mal de mer au mouillage tellement il y avait de houle et, évidemment, c’est – en général – dans ce cas qu’il n’y a pas de café Wifi aux alentours… ou bien le débarquement à terre est trop sportif, voire impossible, à cause de l’état de la mer (ou de la pluie !).

Il faut aussi tenir compte des temps de navigation qui peuvent durer de quelques heures à plusieurs jours. En général je n’arrive pas à travailler en navigation. Je fais donc mon planning en fonction de tous ces éléments. Quand ils sont défavorables, je travaille peu. Quand je sais que je vais être hors connexion pendant plusieurs jours, je préviens ma communauté et mes clients.

A contrario quand je suis dans un mouillage calme avec du bon 4G, il peut m’arriver de travailler non stop toute la journée, pendant une ou plusieurs semaines.

Les conditions pour travailler sur un ordinateur en étant en bateau ne sont pas les meilleures qui soient. Quelle est ta routine pour travailler dans de bonnes conditions et surtout te créer un bureau dans un si petit espace ?

 

Bon, l’espace n’est pas si petit car je vis sur un catamaran : donc je dispose d’un vrai espace bureau avec un vrai PC. Cependant, comme il n’est pas toujours possible de rester assis sur un tabouret avec les conditions de mer, je travaille beaucoup de mon smartphone, ce qui me permet d’être allongée ou bien à l’air à l’extérieur.

Il m’arrive aussi, quand c’est possible, d’aller dans les cafés Wifi avec la tablette (essentiellement pour les visios) ou avec mon ordinateur portable.

Le meilleur moment pour moi, pour travailler, est le matin tôt, quand il fait frais et que toute la famille dort, et l’après-midi, quand mon fils travaille lui aussi.

Le matin je tourne souvent des vidéos, je prends des photos et réalise les montages vidéo. L’après-midi, comme je suis plus productive, je travaille sur mes projets, site internet, programmes de coaching et tout ce qui est un peu plus technique que créatif.

Quels sont tes outils indispensables de nomade digitale (logiciels, applications mobiles…) dans ton activité et dans ta vie de tous les jours ?

Les outils numériques que j’utilise quotidiennement sont :

Canva pro pour la création de mes visuels, e-books, workbooks (sur ordi) ;
Les applis YouCut (montage vidéo) et Lightroom (retouche photo) sur mon smartphone ;
WhatsApp Business pour la communication et les coachings.

Pour les coachings j’utilise aussi :

La suite google Business : j’utilisais zoom mais je viens de passer sur Google Meet. Le Drive me permet de partager facilement des fichiers
L’application Virtuagym (application d’entrainements sportifs). Je l’utilise depuis 3 ans, mais je vais changer bientôt pour avoir une appli plus adaptée pour mon activité (et qui bugge moins !)
Youtube pour stocker les vidéos de coaching (vidéos d’exercices, de trainings et mindset).

Côté pro :

Active Campaign pour ma newsletter et les séquences mail.
Système.io pour l’auto-répondeur et les formations.
Square Space pour mon site internet.

Et côté perso :

L’appli SmartWod Timer pour mes entrainements sportifs.
L’appli BeStrong pour les entrainements sportifs et les meals plans.
J’ai installé il y a peu des applis de respiration (BreathWork), mais je ne les ai pas encore testées. (Mon objectif en 2022 !)
Pour la navigation : Navionics (logiciel de navigation), Windy (logiciel de météo et routage) et Navily (logiciel collaboratif pour savoir où ancrer).
Et, bien sûr, l’incontournable Google Maps pour trouver tout ce dont tu as besoin quand tu arrives dans un endroit inconnu : les magasins, les restos, les salles de sport, la douane, la police (pour faire les formalités administratives) et aussi pour les itinéraires et les transports en commun.
Windy Maps (qui est top pour les randonnées) et MapsMe : tous les deux très utiles car utilisables hors connexion.

Qu’est-ce qui te manquerait le plus si tu devais reprendre une vie « classique » de sédentaire ?

La liberté d’aller où je veux quand je veux, la découverte de nouveaux lieux et de nouvelles cultures, se baigner dans des endroits déserts et l’adrénaline que procure la vie en bateau (même si parfois il y en a un peu trop !)

Astu vécu des mésaventures qui auraient pu te forcer à abandonner ton voyage ? Qu’est-ce que cela t’a appris ?

Pas de grosses mésaventures pour le moment. Pas de celles qui pourraient nous forcer à abandonner. On a eu des problèmes et casses techniques, mais on a toujours trouvé des solutions.

La chose à laquelle nous sommes confrontés en ce moment et qui pourrait nous faire arrêter le voyage en bateau, c’est le manque d’argent et le manque de prévisibilité des rentrées financières.

As-tu des craintes particulières (sécuritaire, sanitaire) ?

Ma plus grosse crainte, ce sont les tempêtes et la mauvaise mer. J’ai toujours un peu d’appréhension quand on part naviguer pour plusieurs jours. Car, même si on prend les fichiers météo, on ne sait jamais exactement comment ça va se passer une fois qu’on sera partis !

Je suis aussi prudente et attentive par rapport aux accidents, blessures ou attaques d’animaux sauvages, spécialement dans les coins où on est loin des hôpitaux et/ou le système de soins est léger !

Puisqu’on a le choix des pays, on évite les pays instables politiquement et où il y a de la piraterie. Pour le côté sanitaire, on se renseigne, on s’adapte et on a une bonne trousse de pharmacie à bord.

Parce que lorsque l’on fait ce choix de vie atypique c’est aussi que l’on veut vivre de belles expériences, quelles sont les plus belles choses survenues dans ta vie de digital nomad en bâteau ?

Mes plus beaux souvenirs sont :

  • les mouillages des Canaries en face de falaises volcaniques,
  •  l’amarrage au quai en plein centre de Porto au Portugal,
  • les hordes de dauphins qui nous accompagnent et jouent avec les étraves,
  • la navigation aux Bijagos,
  • un archipel sauvage au large de la Guinée Bissau où les voiliers ne s’aventurent quasiment jamais,
  • les mouillages dans la mangrove au milieu des oiseaux
  • et la fois où j’ai nagé avec les tortues au Cap Vert.

L’émotion la plus intense qui m’a marquée était lors de l’arrivée de nuit aux Canaries, à l’île de la Graciosa, après 3jours et demi de mer, notre plus longue traversée jusqu’alors. Au réveil, la découverte du paysage, l’émerveillement combiné au soulagement d’être arrivés sans encombres et une immense vague de gratitude pour le privilège de vivre cette vie.

Ça, c’était une première grosse claque. La deuxième c’est quand nous sommes arrivés au Sénégal : l’Afrique, les odeurs, les couleurs, le partage, le tourbillon de vie. On a eu la chance de partager des repas, morceaux de vie, des fêtes, des dansesavec des Sénégalais c’était vraiment intense !

Quel a été le pays où cela a été le plus facile de s’adapter ? Et au contraire, celui où tu as eu le plus de difficultés ?

Je n’ai pas eu de difficultés particulières à m’adapter. J’ai l’habitude de manger de tout et, surtout, je suis curieuse de tester des nouveautés ! Par moments c’est plus difficile car il fait très chaud ou très humide, ou bien il est plus difficile de communiquer avec les habitants (dans les pays parlant portugais par exemple). Mais je suis très adaptable et très bon public en général, donc j’aborde les pays et les situations avec un apriori positif de base.

Ton regard sur la vie, sur le monde, a-t-il changé depuis que tu as opté pour la vie sur un bateau ?

J’ai énormément évolué depuis que je suis partie voyager en bateau ! Du fait, justement, de la vie en bateau, mais aussi de par l’entreprenariat qui sont tous deux de formidables accélérateurs de développement personnel !

Mes deux évolutions majeures :

faire confiance à la vie et à l’avenir, alors que je n’en ai que peu de visibilité (ni à moyen terme, ni à long terme)
et me débarrasser des couches de vernis social pour me rapprocher de ce que je suis et de comment je veux vivre ma vie.

Je commence aussi à me rendre compte, en le voyant, que l’homme pille les ressources naturelles au nom du profit… Je le savais, mais de voir les chalutiers chinois qui râclent les fonds les plus poissonneux du monde, en toute illégalité et en toute impunité, me dégoûte et me révolte. Je me sens encore plus proche de la nature que je ne l’étais à terre et j’ai encore plus envie d’agir pour la préserver.

Si tu devais résumer en 3 mots ton état d’esprit depuis ce changement de mode de vie, quels seraient-ils ?

  • Libre d’esprit,
  •  reconnaissante,
  • en apprentissage.

Quels conseils donnerais-tu à ceux qui voudraient devenir digital nomad en bateau?

Si c’est leur rêve : ne pas attendre pour le transformer en objectif ! Si on attend d’être complètement prêt, on ne part jamais !

N’écoutez pas ceux qui ont peur et qui vous disent que c’est dangereux, que vous êtes fous ou que vous n’y arriverez jamais : le temps passe vite et demain est incertain, donc ce qui est pris est pris.

La peur sera toujours là, commencez par un pas et une action après l’autre vous emmènera vers la vie que vous voulez.

Pour suivre Aurore dans sa belle aventure :

Son blog : LamissAurore Coaching

Son compte Facebook

Conclusion

Comme tu peux le lire, il existe différentes façons de vivre et de travailler en tant que nomade numérique. Grâce au témoignage d’Aurore, nous avons découvert en quoi consiste le quotidien d’une digitale nomade en bateau et j’espère que son histoire t’a plu.

Et toi ? Serais-tu prêt ou prête à vivre sur un bateau à l’année ? Es-tu tenté de devenir digital nomad en bateau ?

N’hésite pas à donner ton avis dans les commentaires sous cet article.