(Dernière mise à jour juillet 2026)

Dans le cas que je vais exposer pour notre réflexion, partir ne signifie pas faire un voyage « classique » en louant une chambre d’hôtel pour retrouver son chez-soi après quinze jours de repos. Il ne s’agit pas non plus de s’expatrier dans un pays pour y exercer un emploi.

Partir, ici, c’est quitter volontairement et durablement la sécurité (illusoire) de son foyer pour adopter un nouveau quotidien, plus aligné avec ses valeurs profondes. Une réorientation de vie consciente, préparée, et souvent bien plus accessible qu’on ne le croit. Rien d’aussi rustique qu’une yourte ou une caravane, ce que le mot « nomade » inspire souvent. Pas non plus de barouds dans des régions sauvages du monde. Rien de très aventureux. On peut vouloir quitter son quotidien tout en restant une famille prudente, prévoyante, qui désire s’assurer un certain confort.

Nous le savons parce que nous l’avons fait. En 2013, Christine et moi avons rendu les clés de notre villa en location dans le Var, vendu ou donné l’essentiel de nos affaires et pris la route, en voiture, avec notre fils Logan, alors âgé de 13 ans. Sans date de retour. Treize ans plus tard, nous avons vécu dans 17 pays sur 4 continents, traversé une liquidation d’entreprise à 47 ans, tout reconstruit, et nous ne regrettons rien.

Ne pas fuir : affronter la réalité avant de partir

Tu noteras que je dis « quitter son quotidien » et non « le fuir ». Car c’est bien là la question centrale : veux-tu changer de vie ou veux-tu fuir quelque chose ?

Ce n’est pas la même chose. Et la confusion entre les deux est, selon nous, la principale cause d’échec des grandes transitions de vie. Le départ ne doit pas être une échappatoire, car ce quotidien que tu fuis finirait par te rattraper.

Problèmes financiers ?

Partir sans résoudre tes problèmes financiers provoquera rapidement un retour de flammes sur tes comptes bancaires, tes revenus et ta liberté d’esprit. La distance ne fait pas disparaître une dette, elle l’amplifie en y ajoutant l’angoisse de l’éloignement.

Problèmes familiaux ?

Tu pourrais regretter ton départ et l’incompréhension de tes proches se transformera en colère, en tristesse ou en déception. Une famille blessée ne se répare pas mieux à des milliers de kilomètres.

Quel que soit le problème, la fuite entraîne de la culpabilité et aggrave les choses. Ignorer les problèmes ne les fait pas disparaître, cela les amplifie.

Résoudre ses problèmes avant de partir

Affronter ses problèmes, quels qu’ils soient, est la seule manière de les régler. Si tu dois partir, fais-le pour de bonnes raisons : ton bonheur, celui de tes proches, une opportunité à saisir, une évolution personnelle. Mais avant de partir, ne cache pas la poussière sous le tapis : agis face à tes problèmes.

Fin 2012, quand l’idée a commencé à germer sérieusement entre Christine et moi, nous aurions pu nous raconter que nous fuyions la pression, la fatigue, la sensation d’étouffer dans notre quotidien d’entrepreneurs. Nous ne l’avons pas fait. Nous avons pris sept mois pour régler ce qui devait l’être : la logistique de l’entreprise, le transfert d’activité, la préparation administrative, la scolarité de Logan. Ce n’est qu’ensuite que nous avons rendu les clés.

Si c’est une question d’argent

Vends tout ce qui ne te servira plus, qui te coûterait encore en stockage. C’est ce que nous avons fait : meubles, objets, tout ce que nous n’utiliserions plus a été vendu ou donné. Nous avons numérisé ce qui pouvait l’être. Cette démarche a un double effet : elle finance partiellement le départ et elle rend le projet réel, tangible.

Trouve aussi des arrangements sains avec tes créanciers, sans t’engager sur des montants que tu ne pourrais pas tenir. Sois prudent. Mieux vaut respecter de petits paiements que de faire de fausses promesses qui te décrédibiliseraient devant un juge.

Si tu voulais fuir un conflit personnel

Affronte-le franchement, mais sans colère. Réfléchis avant de parler et mets-toi à la place de ton interlocuteur. Comprends-le pour qu’il te comprenne.

Un conseil pour améliorer tes relations personnelles et professionnelles : lis « Comment se faire des amis« .

Ce grand classique t’apprendra à comprendre les réactions des gens et à contrôler les tiennes.

Si, malgré tes efforts, la personne ne change pas et que la voir te cause plus de tracas que de plaisir, ne te force pas à la fréquenter. Explique-lui que tu préfères prendre tes distances pour votre bien-être commun : non pas en fuyant, mais en clarifiant.

Partir pour de mauvaises raisons : une prison déguisée

Je le répète, la fuite est une mauvaise idée. Le voyage serait un déchirement, non volontaire, et se terminerait mal. C’est d’autant plus le cas si tu la fais subir à ta famille.

Il existe tant de raisons merveilleuses de partir et tant d’excuses infondées pour ne pas le faire. Ce serait extrêmement dommage de choisir la mauvaise cause : ta nouvelle liberté pourrait alors devenir une prison.

Quitter son quotidien, c’est un acte de construction : on part vers quelque chose. Fuir son quotidien est un acte de panique. Et ce que tu fuis finit toujours par te rattraper.

Les vraies raisons de partir

Un départ construit sur de bonnes motivations résiste aux difficultés. Et des difficultés, il y en aura : nous en avons eu de spectaculaires.

En janvier 2017, après plusieurs mois compliqués, nous avons été contraints de procéder à la liquidation de notre entreprise. Anéantis. Sans revenus. Avec notre mode de vie nomade qui semblait soudain menacé. C’est le moment où toutes les peurs que nous avions surmontées au départ sont revenues d’un coup.

Mais nous avions de vraies raisons d’être partis. Un vrai projet de vie. Et c’est ce qui nous a permis de repartir de zéro à 47 ans avec la détermination de reconstruire plutôt que de renoncer.

Les motivations solides ressemblent à cela :

  • Recherche de sens : ton travail actuel ne te nourrit plus, tu veux une activité plus alignée avec ce que tu es vraiment.
  • Qualité de vie familiale : tu veux plus de présence, moins de métro-boulot-dodo, une autre façon d’élever tes enfants.
  • Un projet concret : une compétence monnayable à distance, une idée de business, une opportunité identifiée.
  • Évolution personnelle : tu sens que ton environnement actuel t’étouffe plutôt qu’il ne te fait grandir.

Les peurs irrationnelles qui te retiennent

Voilà, pour moi, la principale chose à régler avant de partir : si la démarche cache une forme de fuite, affronter d’abord ce qu’on fuit. Mais tes proches te donneront aussi des tonnes de raisons de rester. Toi-même en trouveras tout autant pour t’empêcher d’être heureux ou heureuse, mais en sortant des codes qui t’ont forgé(e). Des peurs sociales, culturelles, irrationnelles.

Voici les plus fréquentes et ce que nous en pensons avec le recul.

« C’est irresponsable avec un enfant »

Logan avait 13 ans quand nous sommes partis. Il a suivi les cours du CNED pendant nos voyages, avec d’excellents résultats. Il a grandi entre la France, le Maroc, l’Espagne, le Portugal, la Thaïlande, le Japon… Aujourd’hui, c’est un développeur créatif, auteur d’un premier roman publié, capable de s’adapter à n’importe quel contexte.

Les enfants s’adaptent remarquablement bien quand le changement est préparé avec eux, honnêtement et avec enthousiasme. Ce qu’ils retiennent, c’est l’état émotionnel de leurs parents, pas le code postal.

« Je suis trop vieux pour repartir de zéro »

Quand notre entreprise a été liquidée en 2017, nous avions passé 45 ans. La question s’est imposée à nous brutalement : sommes-nous encore capables de tout reconstruire à notre âge ?

En trois mois, j’avais des revenus suffisants grâce à la rédaction web. Quelques mois plus tard, je lançais ma première formation en ligne. De son côté, Christine s’est lancée dans le blogging et la création de vidéos : des domaines où elle n’avait aucune compétence au départ.

Il n’y a pas d’âge pour recommencer. Il y a seulement des peurs à traverser.

« Je n’ai pas assez d’argent »

Cette peur est souvent une projection sur un chiffre vague. La vraie question est : de combien as-tu réellement besoin pour ce nouveau mode de vie ? Dans la majorité des cas de nomadisme digital, le coût de la vie est significativement inférieur à celui d’un foyer sédentaire en France, surtout quand on supprime le loyer fixe, la voiture et les dépenses automatiques que l’on ne questionne jamais.

« Qu’est-ce que les gens vont penser ? »

C’est la peur la plus sociale, la plus culturelle. Et celle qui dure le moins longtemps une fois qu’on est parti. Les gens qui te respectent vraiment te respecteront pour ta cohérence. Quant aux autres… ils ne pensent pas autant à toi que tu l’imagines.

Si tu as profondément envie de vivre autre chose et que ton travail ou tes compétences te permettent de lever l’ancre, ce ne sont jamais que des excuses qui te maintiennent dans un quotidien rassurant, mais triste.

Le plan concret en 5 étapes pour préparer ton départ

Fort de notre expérience et de nos erreurs, voici comment nous aborderions une préparation de changement de vie aujourd’hui :

  1. Clarifier le « pourquoi » : écris en une page ce que tu quittes honnêtement et ce vers quoi tu vas précisément. Si le « vers quoi » reste flou, le projet n’est pas encore mûr.
  2. Régler les problèmes en suspens : finances, conflits, obligations légales. Rien ne doit partir avec toi comme un boulet invisible.
  3. Définir ton modèle économique : comment vas-tu gagner ta vie depuis n’importe où ? Freelancing, formation en ligne, e-commerce, consulting à distance… Les options sont nombreuses, mais elles se préparent avant le départ, pas après.
  4. Tester avant de te lancer : un congé sabbatique, un séjour test de quelques semaines, une première mission freelance réalisée à distance. La preuve par l’expérience réduit l’angoisse de l’inconnu. Nous partageons notre méthode dans Tester la vie nomade digitale avant de tout quitter.
  5. Fixer une date et s’y tenir : nous avons rendu les clés le 31 juillet 2013. Avoir une date transforme un rêve en projet.

FAQ : changer de vie, les questions fréquentes

Faut-il tout plaquer pour changer de vie ?

Non. Changer de vie ne signifie pas tout détruire. Cela signifie réorganiser ce qui a de la valeur et laisser derrière ce qui n’en a plus. Nous avons vendu beaucoup, gardé l’essentiel, et transféré notre activité professionnelle. Ce n’était pas un abandon, c’était une réorganisation profonde.

Comment gérer la scolarité des enfants quand on part ?

Plusieurs solutions existent selon l’âge : CNED, enseignement à distance, écoles locales, instruction en famille. Nous avons opté pour le CNED dès le départ, Logan étant déjà habitué à l’instruction à domicile depuis le CE2. Avec la loi de 2022 sur l’IEF, ce point mérite une lecture attentive : IEF et vie nomade.

Le nomadisme digital est-il compatible avec une vraie vie de famille ?

C’est même l’inverse que nous avons vécu : notre vie nomade nous a rapprochés en tant que famille. Nous avons passé plus de temps ensemble, découvert des choses ensemble, traversé des épreuves ensemble. Logan a grandi dans cet environnement et en a fait une force.

Comment financer un changement de vie en famille ?

Les principales sources sont la vente de biens matériels, l’épargne constituée en amont, et surtout le développement d’une activité à distance avant le départ. Il est fortement recommandé de ne pas attendre d’être parti pour trouver comment gagner sa vie : construire ses premiers revenus en ligne depuis chez soi, avant le départ, réduit considérablement le stress financier de la transition.

À quel âge peut-on partir pour changer de vie ?

À tout âge. Nous sommes partis à la quarantaine avec un enfant. Nous avons tout reconstruit professionnellement à 47 ans. Les contraintes changent selon l’âge, mais aucun âge n’est trop tard. La seule vraie limite, c’est de continuer à attendre le « bon moment », qui n’arrive jamais seul.

Changer de vie est-il risqué ?

Tout changement comporte un risque. Mais l’immobilité aussi. Nous avons perdu notre entreprise en 2017 : c’est un risque qui s’est matérialisé. Et nous en sommes sortis plus forts, avec une vie plus belle encore que celle que nous avions construite avant. Le vrai risque, selon nous, n’est pas d’échouer dans un changement de vie. C’est de ne jamais l’avoir tenté.

Quels sont les signes qu’il est temps de changer de vie ?

Sentiment persistant de vide ou d’ennui profond, impression de « jouer un rôle » dans sa propre existence, santé affectée par le stress chronique, lundi vécu comme une épreuve, perte de curiosité pour ce qu’on fait et pour où on vit. Si plusieurs de ces signaux sont présents depuis plus de six mois, ils méritent d’être pris au sérieux, pas noyés sous une nouvelle couche de routine.

En conclusion

Il y a des dizaines de bonnes raisons de partir pour changer de vie. Et très peu de raisons vraiment valables de ne pas le faire, si l’envie est sincère et le projet réel.

Mais cette liberté ne viendra pas te chercher. Elle se construit, décision après décision, peur traversée après peur traversée. Les obstacles qui semblent insurmontables depuis le canapé du salon ressemblent à de simples étapes une fois qu’on a décidé de partir.

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